Du passage tiré d’un écrit à la copie officielle d’un acte de naissance, selon les définitions académiques, les sept lettres de cet « extrait » nous entraînent dans l’essence même du geste de peindre, comme un concentré de vie. Dans les toiles d’Isabelle Lamrani, les fragments se confrontent. Le pinceau, imprégné de pigments, gronde sur la toile, se cogne à la matière, explose en lumières chaudes, s’étire en filaments sombres, ou encore se réfugie en îles sanguines. « Je cherchais à inventer un lieu, un objet, totalement “libre”. Libéré de la figuration. Libéré du discours », confiait-elle en 2011. Dans cette abstraction révélée, point de discours, mais un récit. « La trace est un témoignage. Dans mes toiles, elle témoigne d’un motif que j’utilise, mais qui ne m’appartient pas, et qui est sur le point de disparaître. Mon geste est dans la révélation de la trace. » On peut y voir une réminiscence intemporelle aux ors vénitiens de Turner, aux tonalités tourmentées de Caspar David Friedrich ou aux reflets métalliques d’Anna-Eva Bergman, mais c’est bien un écho du monde que nous racontent les toiles d’Isabelle Lamrani. Entre douceur inquiète et gravité fragile, les motifs s’associent, se répondent, se déversent dans l’espace contraint de la toile. Dans cette chapelle du XVIIe siècle, les toiles d’Isabelle Lamrani rencontreront le vitrail de l’artiste urkrainien, Roman Minin. Ses roses, symboles de Varengeville et de Donetsk, sont aussi celles du mouvement de contestation des mineurs ukrainiens. L’état du monde, toujours.
Fredérique Chatain, Extrait, 2023
Mathias Gavarry, Profondeurs, 2014
Elle a longtemps peint en blanc, des grands formats, radicalement abstraits. Elle revient dans le bleu, avec une série de formats plus petits. Et l’abstraction cette fois, semble s’y fissurer. Dans le bleu, dans ce bleu pluriel où l’indigo, l’outremer et le turquoise se répondent et se superposent, apparaissent des formes, des traits. Pas vraiment des dessins, non. Mais presque. Des ébauches. Des esquisses. Ici, un horizon. Là, un chemin. Une ville en chantier, ou en ruines. Des silhouettes possibles. Des esquisses qui modifient assez fondamentalement la matière dans laquelle elles sont prises, ou surprises. Car le bleu ainsi habité n’est plus seulement matière, pigment, peinture, il devient de facto décor, paysage, monde. Un monde bleu, donc. Mais bleu profond. Celui de la haute mer. Celui du ciel juste avant que tombe la nuit. Un bleu sombre, et dans lequel le monde aurait sombré. Un monde au fond duquel brilleraient encore, mais loin, mais à peine, le reflet de la lune, la lueur d’une étoile, ou les miroitements d’un trésor englouti.
Mathias Gavarry, Palpitant, 2012
Nous l’avions laissée minérale, jouant des pigments pour défaire la surface des choses. Nous la retrouvons organique, ouvrant des plaies plutôt que des portes vers un dedans qui ne serait plus dedans des choses mais des êtres. Le blanc est là, toujours. C’est la base. Mais de sa rencontre avec le rouge naissent ces toiles nouvelles, comme autant de paysages intérieurs dont on ne saurait dire l’échelle ni le motif. Paysages intérieurs, sans doute, mais au sens le plus physique du terme. Images de soi, peut être, mais concrètes : traces de doigts, peau, coupures, vaisseaux, éraflures, empreintes laissées par la vie au milieu du grand rien. Le palpitant, comme on appelait jadis le coeur, est ici dans tous ses états. Battant. Eteint. Pétrifié. Et chacun mènera devant chaque toile une enquête intime dont il devra inventer le crime et les indices pour espérer percer le mystère.
Catherine Plasse, Blancs, 2011
Isabelle Lamrani et Sylvie Allouche ont réuni leurs « blancs » comme on mélange les cartes, avec soin. Elles ont fourbi leurs toiles et leurs photos comme avant la bataille, comme avant la mêlée, il y a de la rage là-dedans, il y a de l’éclat. Il y a les lignes de force, il y a le désordre. Chacune donc, une envie d’enragée qui pousserait les portes, qui pousserait les murs, pour inventer un chemin commun, pour attraper quelque chose d’inconnu qu’on ne pensait pas trouver à première vue. De ces vitres teintées à ces toiles triturées, quelle trace se dessine, quelle vie se traverse ? recouvrir, gommer, laisser voir, ces « blancs » là sont une brèche, une ouverture à la matière, au bruit ou au silence, comme on veut.
Pierrette Fleutiaux, Blanc, Noir (série What), 2011
Austérité du blanc et du noir. Première impression trompeuse. Arrêter quelques instants le regard, alors tout change. Le blanc se fait changeant, imprévisible. Tantôt moelleux, couche de neige épaisse où l’on aimerait se rouler. Tantôt granuleux, serracs vus du ciel ? Tantôt banquise, surface océane figée à l’infini. Petit à petit, se révèlent des profondeurs mouvantes, des gris apparaissent, en fugaces transparences. Que cache tout ce blanc accumulé ? Il faudrait la langue des Inuits, pouvoir puiser dans l’abondance de ses mots décrivant la neige pour commencer à cerner ce qu’est cette blancheur, pour en investir la subtile variété. Mais il y a le noir. Encre de chine épaisse, impérative. A l’horizontale, comme une brèche ouverte, ou à la verticale, coulée, flèche, météore sombre, signe, signal. Au contraire d’être un langage limité à deux termes opposés, le blanc et le noir déploient de l’un à l’autre une vaste étendue de possibles, ils parlent, ils deviennent même extraordinairement prolixes. Mais ce qu’ils disent est pour nous comme le chant des baleines dans l’immensité des mers, notre cerveau n’a pas pris la mesure de ce langage du noir et du blanc, nous ne savons pas parler cette peinture-là. Alors nous en revenons à ce que nous connaissons, nous « voyons » des paysages, nous ne pouvons nous empêcher de construire des paysages ici ou là sur la toile, à la moindre rupture de l’uniformité. A la fois précis et fantomatiques comme dans les rêves. Ici la côte d’un pays, devinée depuis un bateau absent, longue, étirée, constructions basses, habitées ou peut-être abandonnées. La ligne basse d’une île encore inconnue, celle qu’aperçut le boucanier Davis à la fin du XVIIe siècle sur une route pacifique peu fréquentée ? La fameuse terra australis incognita ? Derrière les terres dernières, l’effrayante et sublime blancheur que dresse Edgar Poe devant les yeux de son héros Arthur Gordon Pym ? Blanc sur blanc, gris, noir. Baraquements, silhouettes hâves : rien de tout cela, pourtant la Sibérie rôde, la Kolyma, ou les camps de mort ailleurs. Non, non, ils ne sont pas là, mais un frisson nous a saisis, d’inévitables collisions se font dans les arrière-plans de la conscience du spectateur. Là, un rocher dressé dans la brume, aux allures d’iceberg, l’essence absolue du rocher et de l’iceberg, singularité du noir sur le blanc, paroi qui tient le regard figé, vous transforme, vous transformerait en statue, si nous étions dans un de ces univers parallèles dont nous sentons parfois qu’ils nous frôlent. Et là, plus étrange encore, une planète, une galaxie, devinée cette fois depuis un vaisseau spatial dont absolument rien ne donne l’indication. Parfois une déchirure verticale dans les nuages, mais tout aussi bien une épée mythologique planant sur nos destins. Ou bien, juste une exclamation, une ponctuation, un signe discret lancé à l’adresse du spectateur. On s’aperçoit alors que d’anciennes et héroïques figures hantaient votre conscience depuis votre premier regard sur telle ou telle peinture, Amundsen, Scott, et on se sent tout remué de découvrir cette trace d’une forme, d’une couleur, c’est-à-dire d’une présence dans l’immensité blanche et vide. Les toiles d’Isabelle Lamrani sont minimalistes, elles ne racontent ni ne figurent rien que nous puissions nommer, elles n’en sont pas moins d’une surprenant richesse, elles éveillent des échos dans les territoires oubliés ou négligés de notre imaginaire. Je vous ai parlé ici de mon imaginaire, mais il ne peut manquer d’en aller de même pour tous ceux qui prendront le temps de poser puis laisser vagabonder leur regard sur les toiles d’Isabelle Lamrani.
Mathias Gavarry, La Négresse, 2010
Une fois de plus, je fus comme un enfant qui joue à cache-cache et qui ne sait pas ce qu’il craint ou désire le plus : rester caché, être découvert. G. PEREC, W ou le souvenir d’enfance On parle en anglais de « ghost-writer » pour désigner le « nègre », celui qui écrit pour un autre. Celui qui ne signe pas. Celui qui préfère n’avoir aux yeux du monde, officiellement, rien fait. C’est un métier. Une pratique connue, légale, bien que traditionnellement secrète. Le nègre laisse la vedette. Il se cache. Tout en lui est jeu de masques, jeu de mots, jeu de rôles, et s’il se plaint parfois de son effacement, c’est dans le secret du modeste bureau où trônent, dédicacées par un autre, ses oeuvres complètes. Il y a dans les travaux récents d’Isabelle Lamrani quelque chose du nègre, du fantôme. Mais d’un nègre qui ne serait nègre que de lui-même. D’un nègre de fiction, ou de névrose. Il y a celle qui peint. Il y a celle qui signe. Et toutes deux semblent entretenir sur la toile des rapports complexes, souvent conflictuels, toujours éminemment ambigus, qui semblent nourrir chaque toile d’une existentielle hésitation. Faire, mais prétendre n’avoir rien fait ; dissimuler, mais montrer que l’on dissimule ; ne rien expliquer, pour mieux ne se faire pas comprendre ; parler, surtout si l’on ne sait pas exactement ce que l’on dit ; dynamiques paradoxales à l’oeuvre dans l’oeuvre, comme autant de questions jamais résolues et qui, de toile en toile, en assurent pourtant l’incontestable cohérence. Le choix de l’abstraction est au coeur de cette cohérence. L’oeuvre abstraite, rendant caduque la reconnaissance d’un motif éventuel, oblige le regard à ne plus considérer que la matérialité de l’oeuvre, sa surface, sa peau. Renonçant à la figuration, elle se dispense aussi des outils habituels de l’illusion picturale : le trait, la couleur, et la perspective. Restent donc le blanc et le noir. Du quasi blanc. Du presque noir. Souvent un peu de noir dans beaucoup de blanc. Parfois du noir mêlé de blanc, ou l’inverse. Pas davantage. Restent des formes, des traces, des empreintes, des ombres, des ratures, du flou. Pas de cadre. Pas de titre. Pas de signature. L’artiste peint en fantôme des toiles fantômes. Logique. L’oeuvre d’Isabelle Lamrani est une oeuvre de peu, une oeuvre qui érige en qualité – en « valeur » peut-être – l’économie de moyens. Mais, ce faisant, elle réduit le tableau à ce qu’il a de plus essentiel. Ici, chaque toile est d’abord matière : matière mate, satinée, opaque, granuleuse, matière épaisse ou voile léger, matière posée, étalée, étirée, frottée, grattée, ou creusée. Et la multiplication des modes opératoires dit assez la place essentielle que le geste prend dans l’oeuvre. Le « geste » – qui est intention et qui est mouvement – est ici son propre sujet. Peindre, c’est faire. Faire quelque chose. Il sera toujours temps plus tard, après la toile, de se demander quoi. Quoi ? La question mérite d’être posée. Plus exactement, elle s’impose. Car les toiles d’Isabelle Lamrani ne sont pas vides de motifs. Elles présentent toujours une forme, indistincte, inévidente, mais visible, et le plus souvent au centre de la toile. Elles ne sont pas de ces oeuvres radicales desquelles le réel serait d’emblée et une fois pour toutes absent. Le réel, souvent, s’y cache, comme il se cache dans les nuages pour peu qu’on veuille bien prendre le temps de l’y reconnaitre. Regardons. Ici, un paysage s’étirant en bord de mer. Ailleurs, la trace laissée sur une table de bistrot par un verre humide. Plus loin, l’entaille encore ouverte d’un coup de couteau, ou les lèvres d’une femme. Point de motifs, mais des restes, des traces, des cicatrices, des hypothèses. Et, partout, l’impression d’une usure, d’une peinture qui inscrirait dans le temps ses couches et ses pigments. Comme si le peu que l’on y voyait encore était toujours sur le point de se dégrader, de se défaire, pour bientôt se fondre tout à fait, dans le blanc. Dans les toiles d’Isabelle Lamrani, la matière est une couverture. Et elle l’est même deux fois. Elle l’est d’abord parce qu’elle « recouvre », déposée sur la toile, et souvent superposée à d’autres épaisseurs, jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de savoir si le motif est « devant » ou « derrière »… Elle l’est aussi comme on le dit d’un déguisement. Elle protège. Elle permet à l’artiste de se tenir à l’écart, cachée. La toile fait écran, comme une vitre embuée derrière laquelle Isabelle Lamrani serait à la fois présente et invisible, ne laissant percevoir d’elle-même que son travail, et son mystère. Nulle coquetterie dans cet effacement. De la pudeur, d’accord. Mais surtout la volonté de laisser la toile exister par elle-même, non comme un médium par lequel transiterait une pensée, mais comme un organisme autonome, porteur de son propre message. La démarche, pour autant, n’a rien de cérébral. Elle est toujours sensuelle, sensible, physique. Ici, toujours, la toile est un corps. Elle est épaisseur, grain, patine. Et si l’oeuvre touche, c’est aussi qu’elle donne envie de toucher. On dit souvent que l’oeuvre d’un artiste est un reflet de sa personnalité. C’est une banalité. Ici, c’est même une ânerie. Rencontrant l’oeuvre avant l’artiste, on imaginerait aussitôt une femme toute intérieure, austère, taiseuse, travaillant de nuit dans la solitude d’un petit atelier… Rencontrant l’artiste avant son oeuvre, le résultat ne serait pas meilleur. On imaginerait des toiles immenses, bariolées, figurant des scènes drolatiques où mille personnages exubérants entremêleraient mille vies. Dans les deux cas, on se tromperait. D’Oeuvre. Ou de personne. A moins que quelqu’un d’autre, on y revient, en elle, dans le secret de ce qu’il convient de nommer « l’intimité », son fantôme, sa négresse, ne soit à la manoeuvre. Et qu’il offre au regard chacune de ses toiles comme on soufflerait à l’oreille une salutaire invitation à se méfier des évidences.
Aki Naji, Etat Brut, 2009
Compositions nées de la rencontre de matières à l’ « état brut », compositions enracinées dans ce désordre originel à tout acte de création. Il y a une volonté manifeste de l’artiste à faire croire à l’immanence d’un geste créateur dicté par le seul matériau, matériau dont elle aurait été inopinément à l’écoute, et ce faisant, le transcripteur. Ne lisez pas la moindre intention dans ces aplats de couleurs, elles se sont associées ; pas non plus de discours formel dans ces traces sur la toile, c’est le résultat d’un accord tacite entre la matière déposée et son support. Mais n’en déplaise à la plasticienne : ces dialogues du papier et de l’encre, ces concerts de matières concrètes ou fluides (dont on peut scruter dans le détail les méandres, le grain, les plis et les épaisseurs), ces empreintes visuelles d’un geste créateur trouvent vie dans une dimension temporelle qui, provenant de ce jeu sur les matières, échappe à toute matérialité. Car, ce qui est prégnant dans cet œuvre, c’est l’importance du rythme. Rythme inhérent à une composition, mais également à l’échelle de séquences : la plupart de ces « traces » sont pensées comme suite (poursuite d’une persistance rétinienne ?), comme variations (Bleu 1, Bleu 2. Route 1, Route 2, Route3). Comme pour une composition musicale, leur perception s’inscrit dans le temps. Chantant la matière, l’œuvre d’Isabelle Lamrani s’apprécie dans la lumière et dans la durée. Si l’on s’essaie à développer la comparaison musicale, il est d’un lyrisme qui n’a pas peur du grain de la voix, et qui loin d’essayer de gommer les bruits résiduels du corps, vont les magnifier et s’en nourrir : il y a de la voix de Victoria de los Angeles, il y a du Sequenza III de Berio. C’est par un travail sur la lumière ou l’absence de lumière, que ces toiles deviennent surfaces de réflexion, d’expression de perturbations mises à jour mais non explicitées. Chacune d’entre elles inscrit dans le présent une vision éphémère, captée dans la lumière, et prisonnière de la chambre obscure du souvenir, confuse, diffuse. Dans chacune de ces toiles, une présence que l’on perçoit proche, que l’on pressent amicale, chère, nécessaire, se laisse deviner. Et se dérobe à la contemplation et à la nomination. To be…Or not : faire preuve de ténacité à cerner de trop près cette trace, c’est risquer de la voir se défaire sous nos yeux inquisiteurs. Scruter l’œuvre, c’est faire l’expérience d’une dissolution de cette présence apaisante, enveloppée et protégée, dans son matériau même. Les compositions d’Isabelle Lamrani sollicitent par le regard cette part d’innocence que chacun d’entre nous conserve enfouie au plus profonde des limbes intérieurs, ce reliquat de la petite enfance bienheureuse où le monde, tout alentour, se donnait à déchiffrer de manière bienveillante. S’inscrivant dans un mouvement double, de dévoilement et de , Etat brut fait de nous des Orphée en puissance, contemplant tel un mirage une Eurydice insaisissable. Parce que les toiles d’Isabelle Lamrani sont des lieux habités, le regard du spectateur y trouve une réponse apaisante à la question existentielle : non pas, « L’homme est-il seul dans l’univers ? », mais « Suis-je seul(e) dans cette humanité ? ».
Catherine Plasse, Isabelle Lamrani, 2009
Isabelle Lamrani a fait disparaître la couleur de ses tableaux. Finis les rouges, les vert s, les jaunes. Disparition brutale pour ceux qui ont aimé. Les couleurs jaillissantes, éclatées sur la toile en quasi monochromes, prenaient- elles trop de place ? Comme pour parfaire le crime, le blanc a tout recouvert, avec ténacité, ne se laissant mêler qu’à certains marrons sombres, traces émergentes d’une matière sans cesse retravaillée. De ce blanc étonnant se construit un nouveau paysage, fait de la chaleur et de la fulgurance des débuts. J’aime le noir qui s’y inscrit maintenant, comme un rêve fragile et ancré à la fois.
Catherine Plasse, à sa manière, 2008
Isabelle Lamrani peint à sa manière, audace et cœur, beaucoup de cœur, beaucoup d’audace.Comme un trait immédiat, ou comme un rire qui part de rien : un regard, une tension, la belle s’est échappée.Les couleurs se livrent pures, cash diraient peut-être ses élèves, les formes qui bougent, la matière pleine, les peintures d’Isabelle sont comme la vie autour d’elle, éclatante et angoissée, une méditerranéenne qui rit aux éclats.
Fredérique Chatain, Nu Rose, 2008
De « Couvrez ce sein que je ne saurais voir » proclamé par Tartuffe jusqu’aux ayatollahs du xxi e siècle réclamant l’effacement intégral (définitif ?) du corps de la femme, quel est donc ce danger que représente le corps féminin pour qu’une certaine partie de nos congénères en ait une trouille bleue jusqu’à vouloir l’anéantir ? Cette peur (masculine ?) vieille comme le monde n’a-t-elle pas commencé avec « l’affaire » de Suzanne au bain ? Rappelez-vous ces deux vieillards de l’Ancien Testament concupiscents, lubriques ajouterais-je, qui étaient prêts à accuser la chaste Suzanne des pires horreurs si elle n’acceptait pas de subir leurs propres horreurs… Nos aînées ont dû batailler – il y a si peu de temps au vu de l’échelle cosmique – pour revendiquer leur droit à leur propre corps, droit qu’on est tout prêts à leur retirer dans certains pays dits civilisés, droit qui est l’enjeu de batailles politiques, droit qui est bafoué un peu partout dans le monde… Si ce corps féminin suscite tant de passion et de haine serait-ce parce qu’il est à l’origine du monde ?… Ce corps qui ne demande qu’une chose : qu’on lui fiche la paix !
Extrait, Galerie Édouard M, 76 Varengeville
Un oeil sur le Monde arabe, Institut du Monde Arabe, Paris
Résonances, La Clairière, avec Pierrette Fleutiaux, Paris
Centre d’Art et de Création, Aulnay
Hangzhou Fair International, Chine
Galerie Metanoïa, Paris
Médiathèque, Calvisson
Galerie Talbot, Montpellier
Les Hivernales, Paris-Est Montreuil
La Balle au Bond, Paris
Galerie Art&Events, Paris
Galerie Art Présent, Paris
Ile des Embiez, Var
Galerie Art Présent, Paris
Galerie Étienne de Caussens, Paris
La Bellevilloise, Paris
Salon d’Automne, Paris
Mairie du XXe, Paris